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Oct 25, 2005
Author: Saskia Boumans Stress, stress, stress
Partout dans le monde les travailleurs subissent de plus en plus de pression et de stress. Une enquête en Belgique par exemple a montré qu’en Flandres 1 travailleur sur 3 estime la pression « problématiquement importante », et que 20.5 % des salariés ressentent au travail une pression émotionnelle forte. Aux Pays-Bas, 60% des salarié(e)s se plaignent d’une augmentation de la pression au travail. Ce n’est certainement pas seulement en Flandres ou aux Pays-Bas que le problème se pose. Il y a des recherches où les maladies professionnelles reliées au stress sont en tête des statistiques (1) . Des chercheurs ont appelé la pression au travail « l’épidémie du 21ième siècle ». La plupart des publications sur le stress et les projets qui s’attaquent au problème, et qui proposent des mesures allant de solutions individuelles à des adaptations à l’environnement professionnel, s’intéressent surtout au coût économique des maladies dues au stress ; un jour de travail perdu, cela coûte. Les conséquences pour les travailleurs qui souffrent des injures sont par contre sous-exposées.
Au Brésil aussi la pression sur les travailleurs monte, que ce soit dans le secteur rural ou dans le secteur des services, demandant aux travailleurs de travailler plus et de fournir une “meilleure” qualité. Et là-bas aussi les travailleurs, par ailleurs surtout les femmes, sont victimes de RSI, du Carpul Tunnel Syndrome, d’insomnie et de migraines... Contrairement aux ‘anciennes’ maladies dues surtout à des causes biochimiques, les nouvelles lésions sont fortement liées à l’organisation du processus de production. Au courant des années quatre-vingt-dix les nouvelles techniques de management, qui avaient conquis l’occident une décennie plus tôt, ont atteint les entreprises brésiliennes. Le just-in-time, un management total quality et des programmes visant une amélioration continue ont augmenté la pression au travail. Un même effet a été provoqué par des contrats de courte durée qui ont fait monter l’insécurité sur le marché du travail. Ces évolutions, résumées par la notion du lean production, ont également eu des répercussions pour les syndicats : les syndicats ont été poussés dans la défensive et ont perdu leur prise sur les évolutions sur le lieu du travail. Au courant de 2001 un petit groupe de syndicalistes, de représentants et de chercheurs, surtout du nord-est du Brésil, s’est réunie pour discuter de l’approche, et le projet ‘VidaViva’, qu’on pourrait traduire un peu malencontreusement par “VieVivante”, voyait le jour. Aujourd’hui plus que 100 syndicats (3) répartis sur 9 états participent au projet, et jusque fin 2007 des dizaines de milliers de travailleurs auront été entraînés sur base d’un ou de plusieurs des quatre modules d’entraînement qui ont été mis en place. Le point de départ du projet est de ne pas approcher la santé comme une absence de maladies, mais comme la possibilité de se développer complètement et entièrement en tant qu’être humain. On part donc d’une définition positive de la santé, au lieu de postuler l’absence de maladies comme on fait d’habitude. En pratique cela multiplie les possibilités de mettre sur le tapis les conséquences du travail sur la vie; si par santé on comprend le fait d’avoir le temps et l’énergie pour jouer avec ses enfants, de cultiver son jardin ou de lire, alors il y a quelque chose qui ne va pas avec l’organisation du travail s’il faut après le travail rester allongé pendant trois heures sur son lit, les rideaux fermés, afin de calmer une tête qui cogne, ou si les bras font tellement mal qu’on ne parvient pas à soulever son enfant, où lorsque les yeux sont trop irrités pour pouvoir lire. Pour les syndicats participants, cette approche constituait un changement radical de leur façon de regarder les choses. La plupart des syndicats demandent à des experts extérieurs d’enregistrer les risques biochimiques par des risk assessements sur le lieu de travail. Si les avertissements sur les panneaux sur les machines ou aux valves ne suffisent pas à éviter un accident, on négocie une compensation. Il n’y a pas de tradition de négocier une politique de prévention, parce qu’historiquement l’activité syndicale s’arrête aux portes des usines ou à la réception. Le travail syndical se situe surtout au niveau national et macro-économique, et touche à des thèmes comme les salaires ou l’emploi. La majeure partie des syndicats brésiliens est par contre faiblement organisée sur le lieu de travail même. Une étude des années quatre-vingt-dix a ainsi révélé que seulement 2 % des syndicats étaient représentés sur le lieu de travail. On comprend dès lors qu’un projet qui couple la possibilité pour les travailleurs de se développer à l’organisation même du processus de production a provoqué, et provoque toujours, pas mal d’excitation. Travail syndical égale participation Le projet consiste en plusieurs activités. Ainsi il y a quatre modules d’entraînement, il y a une exposition photo itinérante, des brochures d’information, et la diffusion annuelle d’un journal d’animation. Des contacts internationaux permettent d’échanger des expériences et des stratégies avec d’autres pays. Les entraînements sont développés par des dirigeants et des militants des syndicats en collaboration avec des spécialistes de la santé et du travail socio-éducatif, et sont subdivisés en plusieurs niveaux et thèmes. Ainsi, un des entraînements vise les dirigeants syndicaux afin de développer leur capacité d’intervention sur la santé : par exemple, en développant des stratégies qui reprennent les questions de santé dans les conventions collectives, ou encore en développant soi-même au niveau du lieu de travail un plan de santé (alternatif). Un autre entraînement vise les travailleurs: on commence par faire des dessins qui enregistrent où les problèmes se situent sur le lieu de travail, ensuite on examine si les mêmes problèmes se posent à d’autres endroits de la même entreprise, on les discute collectivement et on établit des priorités afin de développer un plan d’action. Pratiquement tous les entraînements proposés utilisent une méthode participative, qui met au centre la connaissance et l’expérience des participants. Un exemple parlant est un des cours où on demande aux participants d’indiquer sur un schéma qui reproduit en grandeur nature le corps humain, où ils souffrent pendant le travail ou à la fin de la journée. Les autocollants se concentrent sur la tête, et subitement le mal de tête qui revient tous les jours n’est plus un problème individuel… Les entraînements sont donnés par des entraîneurs locaux qui sont formés et accompagnés par un pool d’entraîneurs régionaux. Momentanément il y a environ 27 entraîneurs régionaux et plus que 300 entraîneurs locaux. L’exposition photo itinérante elle aussi est un produit direct des syndicats participants. Pendant deux ans quatre syndicats ont travaillé sur une exposition photo avec au centre chaque fois un personnage souffrant d’une maladie professionnelle. On voit une cueilleuse de raisins qui travaille des heures durant au-dessus de sa tête parce que les raisins de consommation, contrairement aux raisins destinés à la production du vin, doivent être cultivés à une hauteur assez importante. Régulièrement les plantes sont arrosées de pesticides contre les vermines, sans qu’on se donne la peine de prévenir les travailleurs. Une autre exposition tourne autour d’une employée de banque qui à plusieurs reprises a été confrontée à un hold-up. Les poches sous ses yeux en disent long. Les photos sont imprimées sur un format A2 et sont accompagnées d’un texte assez bref. Après un départ hésitant, l’exposition a ‘décoré’ bien des locaux syndicaux. Connections internationales Un aspect séduisant du projet est de rendre la problématique de la “santé”, souvent vu comme une question dure et fastidieuse, attractive. En donnant des moyens d’agir aux travailleurs sur le lieu de travail, et en mettant l’organisation du travail au centre (le soi-disant marché du travail interne), les activités liées au projet ont un caractère fort offensif. Le module d’entraînement qui dresse la carte de l’organisation du lieu de travail (production mapping) et qui élabore un plan d’action à partir de là, à été introduit chez Daimler-Chrysler à Untertuerkheim en Allemagne. Le Conseil d’entreprise y a depuis des années de bons rapports à la fois avec TIE et avec le syndicat de la métallurgie de San Bernardo affilié à la CUT, via le réseau Daimler-Chrysler. C’est ainsi qu’il était au courant du projet VidaViva. Mais personne ne s’attendait à l’impact que le projet a eu : quatre mois après l’introduction du projet, aucune machine ne se trouvait plus à l’endroit original, des pièces avaient été montées sur plusieurs machines afin de les adapter d’un point de vue ergonomique et les équipes avaient été renforcées. Des ébauches d’introduction du projet ont été réalisées au Mexique, au Mozambique et en Angola. Chacun choie ces contacts internationaux. Ils renforcent par ricochet le projet au Brésil, car ils permettent d’accumuler de nouvelles expériences et connaissances. Et ils soulignent la valeur de cette nouvelle approche de la santé, du travail et de la vie. internet : www.projetovidaviva.com (1) D’après l’OIT chaque année 2 million de personnes meurent suite à des accidents de travail, 160 millions de personnes sont affectées par des maladies liées au travail, et 270 million subissent des blessures suite à leur travail. |
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